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AGENDA
POUR RENCONTRE AVEC LA COMMISSION DES
LAURENTIDES SUR L'AVENIR DU QUÉBEC
SAINT-EUSTACHE
LE 27 FÉVRIER 1995 @ 19:00
(AUBERGE ST-EUSTACHE, 40 rue DUBOIS)
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INTRODUCTION
PAR JEAN JOLICOEUR
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EXPOSÉ
PAR LE GRAND CHEF HÉRÉDITAIRE DE LA COMMUNAUTÉ MOHAWK DE KANESATAKE:
CLARENCE SIMON
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EXPOSÉ
PAR LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DE COMMERCE DE KANESATAKE: ROGER
SIMON
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EXPOSÉ
PAR LE PRÉSIDENT DE LA COMMUNAUTÉ TEA8EAKENRAT DE KANESATAKE-OKA:
JEAN JOLICOEUR
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PRÉSENTATION
VERBALE PAR LES TROIS INTERVENANTS
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PÉRIODE
DE QUESTIONS
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INTRODUCTION
Les
trois intervenants ci-devant la Commission des Laurentides sur l'Avenir
du Québec aujourd'hui ont tous leur résidence permanente à Kanesatake
et ont tous vécu les heures sombres de la fameuse Crise d'Oka de
1990 qui a tellement marqué le Québec et le Canada tout entier.
Les
trois intervenants ont tous été près de l'activité quotidienne de
Kanesatake depuis ces événements. Leur témoignage a donc une valeur
exceptionnelle dans le contexte de la présente consultation populaire.
Notre vécu au quotidien, rempli de manipulations et de confrontations,
est façonné par des décisions gouvernementales des deux paliers
supérieurs sans qu'il y ait consultation des citoyens de Kanesatake.
Est-ce
ce genre de situation qui attend l'ensemble de la population du
Québec au lendemain du référendum?
Les
trois intervenants tiennent à préciser qu'ils n'ont eu ni le temps
ni les ressources pour conduire un sondage dans l'ensemble de la
population sur le territoire mais que les opinions exprimées rencontrent
généralement les craintes et les attentes de la population de Kanesatake
sans toutefois les avoir toutes énumérées.
EXPOSÉ
PAR M. CLARENCE SIMON GRAND CHEF HÉRÉDITAIRE DE LA COMMUNAUTÉ MOHAWK
DE KANESATAKE
MADAM
PRESIDENT,
MEMBERS OF THE COMMISSION,
My
great-grandfathers, my grandfather, my father and myself have occupied
the position of Grand Chief of Kanesatake. I wish to speak about
what we have always known.
From
immemorial time my People have lived in peace with the occupants
of the territory: the French Regime, the English Regime and Canada.
My
People were occupying the land of the Seigneury of the Lake of Two-Mountains
long before the 1717 date on which the King of France asked the
Messieurs de Saint-Sulpice to form an Indian Mission in Kanesatake
with certains conditions. As early as 1781 many Indian Chiefs presented
our land claims to Colonel Campbell.
In
1945 my Community was never consulted when the Federal Government
purchased from the Saint-Sulpice Seminary the remaining unsold land
of the Seigneury of Two-Mountains.
The
Corinthe case of 1911 remains open, according to the final judgement,
to be challenged with furthur arguments.
In
1973 by a Supreme Court decision, the Calder Report, the Federal
Government is required to negotiate our land claim and must obtain
a settlement by agreement or a treaty.
The
Penner Report in 1983 concluded in mentioning that the most serious
matter that was brought to the Committee was the unsettled land
claim of the Mohawks of Kanesatake.
The
Mohawks of Kanesatake have title and ownership to all the territory
of Kanesatake, and all the surrounding areas are also Mohawk Indian
Lands. Not only is this title and ownership acknowledged and affirmed
in the 1763 British North American Act passed by His Majesty George
the Third, but is specifically confirmed by Article 25 of the Constitution
Act of 1982 which recognizes the Royal Proclamation of October 7,
1763.
In
September 1989 a Framework Agreement (Desilets Committee) was proposed
to the members of the Mohawk Community through an extensive consultation,
and was rejected by the People of Kanesatake.
The
same Framework Agreement was illegally signed in February 1991 between
the Minister of Indian and Northern Affairs Canada and the Chairman
of the Kanesatake Mohawk Coalition, Mr. Jerry Peltier, without been
presented to the population of Kanesatake.
The
timetable for negotiations which ought not to exceed two years was
abandoned in December 1992, while more than one million dollars
was spent in futility.
This
is the same Framework Agreement that was signed again between Grand
Chief Jerry Peltier and Me Michel Robert recently in December 1994,
again with hundreds of thousands of dollars attached to it.
Since
the actual negotiations were never approved by the People of Kanesatake
we should not take for granted that they are discussing what our
People want.
Although
I am aware that the Assembly of First Nations (AFN) recommanded
to boycott the Referendum Commission I have the moral obligation
to my family and to my People to ask if my rights will be fully
protected in the New Constitution.
The
Mohawk Nation has never surrendered nor ceded its sovereign territories.
The juridictional rights of Mohawks within their sovereign territories
has been reaffirmed by succeeding Colonial Governments and it continues
to be protected within existing Canadian Legislature. How would
a Sovereign Quebec continue to recognize these juridictional rights
within Mohawk territories?
Aboriginal
rights to hunting and fishing, border crossing, taxation, etc. etc.
have been protected by Canadian Legislature. How would a Sovereign
Quebec consider protecting these same inherent rights which have
been recognized by the World Courts?
Since
all First Nations of Quebec maintain their territorial soverignity
how could Quebec propose to secede without touching the integrity
of these vast aboriginal territories?
The
Two Row' Wampum is a treaty wampum made between The Confederacy
and the French and the Dutch Governments, and later the British.
This has served as a legal precedence as to how two Nations can
continue to respect each others' way of life without interfering
in each others' business. Would a Sovereign Quebec consider a similar
agreement between Quebec and the Mohawk Nation in Kanesatake?
The
Jay Treaty is a particular agreement protecting inherent rights
to cross the borders within North America. Would a Sovereign Quebec
continue to respect this inherent aboriginal and treaty right?
EXPOSÉ
PAR M. ROGER SIMON PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DE COMMERCE DE KANESATAKE
MADAME
LA PRÉSIDENTE,
MEMBRES DE LA COMMISSION,
Je
suis propriétaire d'un magasin d'articles de pêche et de chasse
à Kanesatake. Suite à la Crise d'Oka de 1990 plusieurs de mes clients
furent reçus par des rafales de mitraillette tirées au-dessus de
leurs têtes par des individus embusqués dans des buissons de l'autre
côté de la route 344 en face de mon commerce.
Ce
genre d'intimidation devenait de plus en plus fréquent. Devant le
refus d'intervention des autorités policières il fut devenu nécessaire
de répliquer par une rafale de mitraillette de semonces en direction
des harcelants pour mettre fin une fois pour toute à ce dangereux
manège.
Quelques
mois plus tard un cocktail Molotov fut lancé dans mon commerce,
par la vitrine avant, qui provoqua un incendie et détruisit une
partie de mes produits.
Jamais
à aucun moment des situations semblables ne s'étaient produites
avant la Crise de 1990.
Comme
Kanesatake est une zone rouge et que les assureurs refusent de m'assurer
depuis 2 ans j'ai donc dû absorber les pertes du feu et des produits
détruits. Mon commerce n'a aucune valeur parce qu'il n'y a aucune
rentabilité et ne voit pas le jour où il y en aura.
Mon
seul crime est de vouloir essayer de rétablir la paix dans notre
Communauté en dénonçant la désobéissance civile et l'anarchie.
Le
ministre des Affaires Indiennes & du Nord Canada m'écrit en me confirmant
que c'est la Sûreté du Québec qui est responsable de la sécurité
sur le territoire de Kanesatake.
Le
Grand Chef Jerry Peltier qui prépare sa propre force policière ne
veut rien savoir de la S.Q..
La
S.Q. a un rôle ambigué à Kanesatake dicté par le politique
selon la situation du moment; elle avoue elle-même être près de
la crise de nerfs à l'occasion.
J'ai
vue la famille de mon propre garçon avec 2 enfants en bas age être
assiégée par des gens armés qui ont même tenté de brûler la maison
alors que la S.Q. a refusé quatre demandes d'intervention après
que la R.C.M.P. ait refilé le dossier à la S.Q.. Quelques automobilistes
ont reçu des projectiles en circulant sur la route 344; il y a des
représentants de commerce et des compagnie de transport qui refusent
de venir sur le territoire. Il n'y a plus d'achalandage et nos commerces
croulent et ferment l'un après l'autre. Nous ne réussissons plus
à attirer aucun nouveau commerce ou industrie.
Tout
l'argent alloué au Conseil de Bande pour le développement économique
est détourné sans que les membres de la Communauté Mohawk de Kanesatake
ne soient consultés ni même informés.
L'autonomie
gouvernementale des autochtones passe nécessairement par l'autosuffisance
et cette dernière est impensable dans le contexte actuel de Kanesatake.
La
bataille que se livre les gouvernements fédéral et provincial passe
bien avant l'intérêt de notre Communauté et de ses membres.
La
question du nationalisme québécois sert bien la confusion qui est
volontairement entretenue à Kanesatake mais les deux gouvernements
supérieurs feraient bien de se rappeler que leur bataille d'intérêt
se fait sur le dos des membres de la Communauté de Kanesatake qui
sont les innocentes victimes des stratégies politiques.
Le
gouvernement du Québec nous a envoyé l'armée canadienne en 1990.
J'aimerais bien savoir du Gouvernement du Québec qu'elle serait
son attitude au lendemain d'un référendum qu'il gagnerait si notre
Grand Chef Jerry Peltier ferait appel à l'armée canadienne à Kanesatake?
Dans
une telle alternative quels moyens prendrait ou aurait à sa disposition
le Gouvernement du Québec pour protéger la Communauté de Kanesatake?
Encore
plus plausible, au lendemain d'une victoire du oui du référendum,
que ferait le Gouvernement du Québec si il advenait une répétition
des incidents de l'été 1990 à Oka ou si certains membres de notre
Communauté ou de toute autre communauté autochtone du Québec décidait
de contester l'intégrité du territoire?
Si
ces questions vous semblent préoccupantes dites -vous qu'elles le
sont encore bien plus pour ceux qui ont vécu ce scénario il y a
5 ans car notre quotidien en est encore aujourd'hui chambardé.
EXPOSÉ
DE M. JEAN JOLICOEUR PRÉSIDENT DE LA COMMUNAUTÉ TEA8EAKENRAT DE
KANESATAKE/OKA
En
septembre 1989 un fonctionnaire de Travaux Publics Canada fait parvenir
à un certain nombre de propriétaires de Kanesatake une lettre les
informant que prochainement leur propriétés seraient requises pour
faire l'Unification des terres indiennes de Kanesatake.
Le
négociateur responsable au Ministère des Affaires Indiennes de l'Unification
territoriale de Kanesatake se fait questionner par un acheteur potentiel
de l'une de ces propriétés dont le vendeur a reçu la lettre ci-haut
mentionnée. L'acheteur potentiel se fait répondre que le projet
existe depuis plus de 25 ans, que l'on était encore très loin d'une
entente, qu'il pouvait faire l'acquisition de la propriété en toute
sécurité et que les enfants de ses enfants y vivraient en toute
quiétude. Près de six mois après s'être installé à Kanesatake les
chars d'assauts de l'armé canadienne foulaient le sol de sa nouvelle
propriété.
Le
nouvel acheteur appris par la suite que sa propriété était invendable
car la route qu'il doit nécessairement emprunter pour se rendre
chez lui est propriété du gouvernement fédéral qui ne lui donne
aucun droit de passage et qu'il n'est que toléré d'y passer.
A ces
problèmes sont venues s'ajouter les difficultés de s'assurer, d'obtenir
du financement hypothécaire et l'impossibilité de trouver des locataires
pour sa nouvelle propriété après l'éclatement de sa famille.
Des
cas aussi pathétiques que celui ci-haut mentionné, il en fourmille
à Kanesatake. Tous les organismes qui se sont penchés sur le dossier
ont conclu à la violation flagrante des droits fondamentaux, reconnus
par la Charte des Droits du Québec et de la Charte Canadienne des
Droits et Libertés, par les gouvernements eux-mêmes.
Un
premier regroupement de propriétaires formé suite à la réception
de la lettre de septembre 1989 sont unanimes à informer le gouvernement
fédéral qu'ils ne veulent pas vendre leurs propriétés et tiennent
à ce que la co-habitation harmonieuse qui existe puisse se poursuivre
dans le futur. Faut-il se surprendre qu'en moins d'une année plus
tard, selon le sondage officiel de la Municipalité de la Paroisse
d'Oka, 85% des résidants permanents n'occupant pas une terre fédérale
veulent quitter Kanesatake.
Comment
peut-on expliquer que le négociateur responsable de l'unification
territoriale de Kanesatake ait demandé à Travaux Publics Canada
d'aviser les propriétaires de Kanesatake que leurs propriétés serait
requises bientôt pour faire l'unification territoriale alors qu'au
même moment il informe un acheteur potentiel de ces mêmes propriétés
qu'il se passera des générations avant qu'il procède avec cette
même unification territoriale? Est-ce par maladresse gouvernementale
ou purement par stratégies politiques que les gouvernements trompent
les citoyens et flouent les autochtones dans les revendications
de leurs droits.
Après
avoir été impliqués avec quatre formations politiques différentes
au deux paliers de gouvernements supérieurs nous sommes obligés
d'admettre que les politiciens n'agissent que par opportunisme politique.
Les intérêts de leur parti et de leur idéologie passent bien avant
l'intérêt des citoyens, même si cela doit enfreindre les lois fondamentales
qu'ils ont données à ces citoyens.
Les
autochtones ont des droits fondamentaux garantis par la Constitution
Canadienne de 1982 et dans la plupart des cas les mécanismes d'applications
de ces droits n'ont jamais été définis ne permettant pas de mettre
en pratique ces droits garantis.
L'exercice
du projet de Charlottetown a clairement démontré qu'il aurait requis
plusieurs décennies devant les tribunaux afin de clarifier les mécanismes
d'applications des droits reconnus par le projet.
L'article
No 3 de l'Avant-Projet de Loi sur la Souveraineté du Québec est
un recul considérable des droits acquis des autochtones et ouvre
la porte à des interprétations qui prendront des décennies à clarifier
et qui décimeront les communautés autochtones. Dans le cas précis
de la Communauté Mohawk de Kanesatake le libellé de l'article 3
de l'Avant-Projet de Loi signe radicalement son arrêt de mort. L'article
est donc complètement inacceptable sinon l'on risque d'engendrer
des situations dont les incidents de l'été 1990 ne seraient qu'un
pâle reflet de ceux à venir.
Les
autochtones de Kanesatake qui depuis cinq ans sont les victimes
des manipulations, des stratégies et de l'opportunisme politique
des politiciens ne peuvent s'empêcher d'émettre une mise en garde
à tous les citoyens du Québec qu'il pourraient avoir à vivre notre
triste réalité du quotidien; si le passé est garant de l'avenir
notre expérience nous donne à penser que l'avenir s'annonce plutôt
sombre.
Enfin
si le Québec devenait un pays souverain les autochtones n'exigeraient
rien de moins que ce qui est garanti par la Constitution Canadienne
de 1982. Le Québec serait bien avisé de former une commission permanente
des affaires autochtones composée d'un nombre égal de représentants
autochtones et de représentants du Gouvernement du Québec afin d'établir
les règlements qui régiront les mécanismes d'applications des droits
autochtones reconnus; son pouvoir serait exécutoire afin d'enlever
tout l'arbitraire politique.
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