| |
C'est plus
de cinq années après le décès du caporal Marcel Lemay de la Sûreté du
Québec, abattu dans la pinède d'Oka le 11 juillet 1990, que le verdict
du coroner Guy Gilbert fut rendu public. C'est en effet le 21 juillet
1995 que le coroner Gilbert termina son rapport qu'il remettait le 15
septembre au ministre Serge Ménard de la Sécurité Publique et dont le
jugement blâme sévèrement les gouvernements et les fonctionnaires pour
les événements de la période immédiatement contemporaine au 11 juillet
1990.
Pendant ces
cinq années, la population civile de Kanesatake a subit l'incurie, le
laxisme, le manque d'organisation, de gestion et de communication du gouvernement
et de ses fonctionnaires tout comme le coroner Guy Gilbert l'explique
dans la section 3.1.4 (pages 219 à 247
) de son rapport sur la mort du caporal Lemay.
C'est ainsi
que le premier ministre du Québec, monsieur Robert Bourassa, avait mandaté
son chef de cabinet, monsieur John Parisella, de s'occuper personnellement
du dossier d'Oka. Les sinistrés de Kanesatake avaient compris que le premier
ministre du Québec leur lançait une bouée de sauvetage qui les auraient
sortis du gouffre de l'anarchie que son propre gouvernement n'arrivait
plus à endiguer. Monsieur Parisella n'est jamais venu à Oka-Kanesatake
dans cette période critique et n'a jamais rien fait pour les victimes
de Kanesatake.
Ce n'est
pas par coïncidence si l'on retrouve dans le Rapport Gilbert les
mêmes constatations que les organismes démocratiques de Kanesatake
se sont évertués à répéter pendant cinq années aux gouvernements et aux
fonctionnaires qui imposaient à la population civile de Kanesatake de
vivre au quotidien avec l'anarchie et la désobéissance civile.
Le rapport
Gilbert a le mérite d'être neutre, indépendant et sans aucun intérêt particulier
relié à aucun groupe impliqué de près ou de loin ou ayant des intérêts
quelconque à défendre dans le conflit de la Crise d'Oka; son seul but
est la quête de la vérité.
Et pourtant
dans son dernier paragraphe avant les recommandations
de son rapport il est stupéfié par le nombre de personne armées, la nature
de leurs armes, la quantité des munitions disponibles, le nombre de projectiles
utilisés lui fait résumer la scène par : " le miracle ". " Car de la situation
que nous a montrée la preuve, on doit s'étonner encore longtemps qu'elle
n'ait tourné au carnage. "
Faut-il rappeler
encore ici que c'est cette même situation appréhendée de carnage que craignait
tant la population civile de Kanesatake pendant les cinq années qui ont
suivi l'été de 1990 et qui est décriée dans le Mémoire
présenté à la Commission Poitras par le MAVCO et que la Commission Poitras
a préféré passer sous silence.
Qu'il nous
suffise de dire qu'il y a des centaines et des centaines de journées dans
les cinq années qui ont suivi l'été de 1990 où il s'est tiré en une seule
journée plus de coups de feu qu'il ne
s'en est tiré durant les 78 jours réunis de la confrontation armée de
l'été 1990 pour comprendre l'irresponsabilité de la Sûreté du Québec,
des gouvernements et de leurs fonctionnaires qui se foutaient carrément
de la sécurité de la population civile de Kanesatake et intervenaient
seulement si un des leurs était impliqué.
Toute personne.
qui a vécu de l'intérieur les cinq années d'anarchie à Kanesatake, comprendra
que les commentaires du coroner Guy Gilbert suite à la parution du Rapport
de la Commission Poitras en décembre 1998, trois années et demie après
son propre rapport, sont d'une pertinence et d'une justesse qu'ils méritent
d'être reproduits intégralement ci-après le texte sous le titre: la SQ
est "une police de campagne".
Le navigateur
qui désire connaître la chronologie des événements des 78 jours de la
confrontation armée de l'été 1990 trouvera un bon document de référence
à l'Annexe 1 (pages 111 à 136) (avril 1991) du Rapport " Le Choc collectif,
Oka-Kanehsatake - Été 1990 " par la Commission des droits de la personne
du Québec, qui depuis a ajouté à son nom institutionnel, et des droits
de la jeunesse.
|

DOCUMENTS ET ARCHIVES
Rapport
Poitras
La SQ est «une police de campagne», dit Me Guy Gilbert
PC
Presse
canadienne
Selon
Me Guy Gilbert, «la vraie police au Québec, c'est le SPCUM, tandis
que la Sûreté du Québec, c'est une police de campagne».
Celui
qui porte ce jugement est le seul commissaire du Québec à avoir
siégé à la commission chargée d'examiner le service de renseignements
de la GRC, la commission McDonald.
En
outre, Me Gilbert a dirigé l'enquête du coroner sur la mort du caporal
Lemay pendant la crise d'Oka et a remis ce rapport, qui blâmait
très sévèrement la SQ, au ministre Ménard, le 15 septembre 1995.
Il a donc examiné de près les directions des deux services de police
lors d'une situation de crise et il renchérit même sur le rapport
de la commission Poitras. Son verdict paraît limpide sur la crise
d'Oka et l'affaire Matticks. «La SQ doit vivre avec le fait qu'elle
avait un échec à son actif: Oka. Ils étaient humiliés. Au lieu de
repenser le contexte entre l'autorité politique et l'autorité policière,
la SQ a été laissée à elle-même.
«Il
est essentiel que la relation entre l'autorité policière et l'autorité
publique obéisse à un cadre de permanence, de hiérarchie, d'imputabilité»,
ajoute Me Gilbert. «Une seule personne répond à ces critères, c'est
le sous-ministre, car les ministres changent souvent. Depuis la
crise d'Oka, il y a eu cinq ministres.» L'avocat Guy Gilbert a obtenu
le contrat de Birdair dans le dossier du toit olympique. Autrement
dit, il reste actif dans les dossiers chauds. Mais il a accepté
de passer en revue son rapport sur la crise d'Oka, rapport qu'il
avait remis au ministre Ménard lors de son premier passage à la
Sécurité publique.
Guy
Gilbert juge que la supervision de la SQ était inexistante lors
de la crise d'Oka. «Sam Elkas était aussi loin de la police que
moi de l'aviation. C'est la SQ qui a gouverné. La SQ avait la province
en main. Ce n'est pas normal.»
Il
juge inacceptable que l'autorité policière n'ait pas eu un lien
formel avec l'autorité politique. «Le sous-ministre ne savait pas
que la SQ allait à Oka. Il l'a appris en s'en allant à son bureau
en automobile, par la radio.» Après avoir examiné cette question
en détail, le coroner n'en revient pas.
Lors
de l'enquête ordonnée par Claude Ryan, alors ministre de la Sécurité
publique, Me Gilbert constata à quel point la SQ se comportait comme
un État dans l'État.
De
plus, le coroner n'a pas digéré l'attitude du syndicat des policiers
durant la crise d'Oka.
02/03/1999
|
RAPPORTS
| 12
octobre 1983 |
Deuxième
Rapport du Comité Permanent des Affaires Autochtones : Comité spécial
sur " l'Autonomie politique des indiens ". Chambre des Communes, fascicule
no 40
|
| 13
Mars 1991 |
Mémoire
présenté au Comité permanent des Affaires Autochtones à la Chambre
des Communes par l'Association des propriétaires à l'intérieur de
Kanesatake (APIK)
|
| 13
mars 1991 |
Procès-verbaux
et témoignages du Comité permanent des Affaires Autochtones de l'Association
des propriétaires à l'intérieur de Kanesatake (APIK). Chambre des
Communes, fascicule no 54
|
| 19
mars 1991 |
Procès-verbaux
et témoignages du Comité permanent des Affaires Autochtones de la
Municipalité de la Paroisse d'Oka et de la Municipalité du Village
d'Oka. Chambre des Communes, fascicule no 55
|
| avril
1991 |
Rapport
" Le Choc collectif, Oka-Kanehsatake - Été 1990 " par la Commission
des droits de la personne du Québec qui inclu en annexe 1 le calendrier
des événements majeurs survenus pendant le conflit d'Oka-Kanehsatake
(de l'été 1990).
|
| 26
avril 1991 |
Rapport
final " Oka au sortir de la crise amérindienne " présenté à monsieur
Benoit Bouchard, ministre de la Santé nationale et Bien-être social
et ministre responsable du Dévelopment économique régional au Québec
par le Groupe de consultation et de concertation d'Oka.
|
| mai
1991 |
Cinquième
Rapport du Comité Permanent des Affaires Autochtones : " L'Été de
1990 " incluant la chronologie des événements de mars 1987 au 11 juillet
1990 au chapitre 3 . Chambre des Communes, fascicule no 59
|
| 20
octobre 1991 |
Rapport
d'activités à Kanesatake Par l'Association des propriétaires à l'intérieur
de Kanesatake (APIK)
|
| 7
mai 1993 |
Mémoire
présenté à la Commission Royale sur les Peuples Autochtones par l'Association
des propriétaires à l'intérieur de Kanesatake (APIK)
|
| 21
Juillet 1995 |
Rapport
d'enquête du coroner Guy Gilbert sur les causes et circonstances du
décès de monsieur Marcel Lemay
|
| mars
1998 |
Mémoire
pour intervention présenté à la Commission d'enquête chargée de faire
enquête sur la Sûreté du Québec Par le Mouvement d'aide aux victimes
de la crise d'Oka (MAVCO)
|
| juillet
1998 |
Complément
d'information au mémoire pour intervention présenté à la Commission
d'enquête chargée de faire enquête sur la Sûreté du Québec Par le
Mouvement d'aide aux victimes de la crise d'Oka (MAVCO)
|
| 4
août 1998 |
Témoignages
du Mouvement d'aide aux victimes de la crise d'Oka à la Commission
d'enquête chargée de faire enquête sur la Sûreté du Québec Par le
Mouvement d'aide aux victimes de la crise d'Oka (MAVCO)
|
| 29
décembre 1998 |
Rapport
de la Commission d'enquête chargée de faire enquête sur la Sûreté
du Québec : "Pour une police au service de l'intégrité et de la justice"
|
|
|