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2.4 La sécurité. Au sortir de l'été 1990 il est devenu évident, sauf pour les gouvernements, que les droits fondamentaux étaient bafoués au quotidien et rien n'était fait pour contrôler un tant soit peu la situation. C'est ainsi que les organismes impliqués à la surveillance et à la vigilance des droits fondamentaux des citoyens furent saisis dès le printemps 1991 de requêtes leur demandant d'intervenir. C'est ainsi que le président de la Commission des droits de la personne du Québec, M. Yves Lafontaine, écrivait, le 12 juillet 1991, à M. le ministre Christos Sirros :
La sécurité sur le Territoire de Kanesatake était tellement déficiente que le Conseil Mohawk de Kanesatake, à la demande de ses membres, a émis un communiqué29 déplorant l'insécurité générale sur le Territoire de Kanesatake et ce à peine un mois après la lettre du président de la Commission des droits de la personne du Québec. Donc dès le début de 1991 on ne parlait plus d'une centaine de personnes mais de toute la population à l'intérieur de Kanesatake qui vivait dans l'insécurité et dont le Territoire se dirigeait dangereusement vers l'anarchie. Le rôle de la Sûreté du Québec dans cette période fut des plus ambigu. Leurs tentatives de faire respecter la loi et l'ordre ne semblaient pas rencontrer les accords des dirigeants politiques, qui camouflaient maladroitement leurs faiblesses et leurs craintes d'une reprise, à tout moment, de l'été 1990. Les agents de la Sûreté du Québec étaient tellement démotivés qu'ils ne démontraient plus aucun intérêt à intervenir pour toutes actions illégales à Kanesatake et s'ils intervenaient, c'est dans l'excès qu'ils sévissaient. La lettre que j'écrivais au Grand Chef Jerry Peltier, le 3 septembre 1991, est révélatrice sur la situation, anormale dans notre société, de ne plus rapporter les méfaits publics.
Informé de la situation explosive de Kanesatake, le ministre de la Sécurité publique, M. Claude Ryan, écrivait:
Un énorme fossé sépare la parole des gestes. Les bonnes intentions des politiciens demeurent des vœux pieux; sur le terrain aucune protection de la Sûreté du Québec. Le 9 septembre 1991, le président de la Commission des droits de la personne du Québec, M. Yves Lafontaine m'écrivait :
Ce sera la dernière intervention de la Commission des droits de la personne dans ce dossier. Plus d'une année plus tard, comme la sécurité sur le Territoire de Kanesatake était toujours déficiente, le Protecteur du Citoyen nous confirmait l'ouverture du dossier 92-14402 dont le rapport n'a pas encore été produit.
Le 8 mai 1995 se tenait une réunion à la mairie du Village d'Oka pour faire le point sur la situation à Oka suite à la résolution que j'avais proposée à la Corporation de Développement Économique de Deux-Montagnes38. Un des intervenants, le commandant en chef de la Sûreté du Québec à Montréal, M. Normand Proulx, nous précise le mandat de la Sûreté du Québec à Oka :
J'ai souvenance qu'en 1993 un policier à un barrage de la Sûreté du Québec nous déconseillait de continuer sur la route 344 à Oka et nous incitait à faire demi-tour pour éviter les dangers de franchir un barrage autochtone qui s'était érigé. Je l'informe que je ne peux pas faire demi-tour car ma résidence est derrière les barrages. Il me répondit : " çà c'est votre problème et plus le nôtre". Son grand patron est venu nous confirmer quelques années plus tard pourquoi la Sûreté du Québec avait refusé pendant cinq années d'assurer la protection aux citoyens de Kanesatake : la Sûreté du Québec ne devait assurer les droits fondamentaux aux citoyens de Kanesatake que conditionnel à ne pas causer des problèmes plus importants aux dirigeants politiques. Arbitrairement et par choix politique, les politiciens ont honteusement laissé toute une population civile à elle-même à Kanesatake, pendant plus de cinq années, parce qu'ils n'ont jamais voulu gouverner et prendre leurs responsabilités. " Les gouvernements ont désacralisé la loi "40 au point de prendre toute une population en otage et de la brimer de ses droits fondamentaux pour des stratégies politiques. Il est indécent pour tout gouvernement d'invoquer pendant cinq ans la Raison d'État, (défini comme :prétexte allégué pour justifier une action illégale41 ou considération de l'intérêt public justifiant une action injuste42) et c'est carrément odieux de faire subir ces injustices à une population dont les victimes n'étaient pas assez nombreuses pour enclencher un mouvement de solidarité et de sympathie dans la population et pour forcer le gouvernement à respecter les lois dont jouissent l'ensemble des citoyens. Malheureusement dans notre pays c'est le nombre qui fait loi. Les cas particuliers qui sont exposés dans ce mémoire en font la preuve et démontrent que des actions illégales de masse influenceront le gouvernement à légiférer par opportunisme politique mais à l'encontre des meilleurs intérêts de la population. Personne ne peut être respectueux des lois et être en même temps indifférent et passif devant tant de transgression de la loi par ceux même qui légifèrent et surtout par ceux qui ont le mandat de la faire respecter. Malheureusement au Québec si vous avez l'audace d'être vigilant et de vouloir le respect des lois par notre gouvernement, c'est tout l'appareil gouvernemental qui se liguera contre vous et qui n'hésitera pas à employer même l'illégalité, pour bien vous rappeler et vous faire comprendre que c'est lui le gouvernement qui peut imposer son pouvoir de dominant/dominé dans cette province. Comment expliquer que les policiers de la Sûreté du Québec, qui ont tous signé leur serment d'allégeance à obéir aux lois et règlements, à les respecter et à les faire respecter aient agi avec une complaisance inexcusable, en violation avec leur serment d'office devant un si grand nombre de cas sur une aussi longue période de temps. Toute une population a fait confiance aux institutions gouvernementales en place et à ses représentants et c'est à l'usure que ces derniers ont muselé leurs victimes sinistrées. La sécurité des personnes et des biens est le fondement même de notre société démocratique et quand ce droit fondamental est refusé quotidiennement et sur une période s'échelonnant sur plusieurs années, tous les autres droits fondamentaux, par conséquence, sont nécessairement aussi bafoués. Une population isolée et peu nombreuse confrontée avec des injustices de dossier politique ne peut se faire comprendre du reste de la population et encore moins des instances gouvernementales pour qui elle est une épine encombrante. Faut-il s'étonner devant le peu de personne qui ont encore de l'énergie pour défendre ses droits fondamentaux devant tant d'injustice, d'incompréhension et d'abus de pouvoir. ___________________
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